Apports et limitations de la révolution 4.0 (Kampala Geopolitics 2020)

Written by on 25 octobre 2020

Apports et limitations de la révolution 4.0

La troisième conférence des Kampala Geopolitics avait comme thème principale un sujet incontournable depuis une dizaine d’années : la quatrième révolution industrielle et ses impacts sur les gouvernements, les organisations privées et les citoyens. Il a pourtant fallu expliciter certains termes au cours de cette conférence. Preuve que si nous tous concernés par la révolution digitale, nous sommes en réalité peu à comprendre les forces en présence et leurs implications. En témoignent certaines confusions et théories complotistes sur la technologie 5G diffusées depuis l’explosion de la pandémie Covid-19.

Partageons donc ici certains des éléments mis en lumière au sein du studio de NBS. Tout d’abord, derrière le terme emphatique de « quatrième révolution industrielle » se cachent des outils qui sont devenus des objets du quotidien.  Comme par exemple Internet et les objets connectés. Et grâce à ces outils, des compétences nouvelles ont vu le jour : l’intelligence artificielle et l’exploitation des big data. Ce premier constat amène à plusieurs interrogations : nos données personnelles sont-elles encore en sécurité ? De quelle protection disposent les citoyens ? Que peuvent faire les gouvernements face à la montée des nouveaux acteurs en présence ?

C’est sur cette dernière question que s’est appuyée l’intervention de l’éminent géopolitologue Pascal Boniface. Le fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) a par exemple cité l’exemple de Libra, le projet de monnaie cryptomonnaie et de monnaie virtuelle développé par Facebook. Le droit d’émettre la monnaie étant un pouvoir régalien, ce type d’initiative démontrerait la montée en puissance infreinable des GAFA. Selon Pascal Boniface il est pourtant indispensable de contrôler l’action des gérants de ces grandes sociétés et on devrait regretter le fait que ces milliardaires parviennent souvent à éviter de payer des impôts. Un autre point intéressant est le risque pour beaucoup de travailleurs vulnérables d’être remplacés par des machines. Face à ce constat inquiétant l’avocat Robert Kirunda s’est lui montré plus optimiste en rappelant que les consommateurs avaient le pouvoir et le devoir d’influencer les nouvelles puissances du digital.

Cela signifie-t-il que les gouvernements ne sont plus nécessaires ? Comme à son habitude le modérateur Alan Kasujja s’est voulu provocateur. En réponse à cette question, la plupart des intervenants ont plutôt prêcher pour plus de régulation et de contrôle des gouvernements. L’avocate Alice Namuli Blazevic a par exemple expliqué qu’en Ouganda le cadre légal devrait être accompagné de mesures plus efficaces pour s’assurer que les utilisateurs Internet soient systématiquement avertis de la collecte de leurs données quand ils naviguent sur des sites locaux.  Car les lois existent…mais ne sont pas implémentées. Alice Namuli Blazevic a également appelé à plus de collaboration au niveau régional, en citant l’Union Africaine qui a fait preuve d’exemplarité en parvenant à mettre en place des initiatives groupées pour lutter contre le cybercrime.

Guerre des technologies, danger des big data… Selon Sebastian Weise, coordinateur des innovations chez KAS, il faudrait se méfier des métaphores dramatiques utilisées par la presse et se féliciter au contraire d’un monde plus dynamique et de populations plus interconnectées. La vraie urgence serait alors de s’assurer d’une meilleure formation des jeunes générations pour les rendre acteurs du changement. On a d’ailleurs pu rappeler qu’il existe de nombreuses formations en ligne, gratuites, et qu’un grand espace de savoirs est à la portée des esprits les plus curieux. Alors pourquoi l’éducation aux nouvelles technologies n’est-elle pas encore une priorité en Ouganda ? Selon Robert Kirunda la solution est simple : « every revolution needs a champion » (toute révolution a besoin d’un leader). On ne peut donc qu’espérer que la transformation digitale (réfléchie et bénéfique) deviendra une priorité portée par une personne d’influence dans les plus brefs délais.


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